Autres regards

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Il y a  1  personne(s) sur Les chemins de poussière
Mercredi 25 juillet 2007
Que du goudron autour de vous, les fleurs fragiles qui le transpercent parfois vous étonnent encore. Vous me l'avez dit en souriant. Le goudron, ce tapis noir, trop grand pour un coeur déjà bien serré. Vous souriez quand même.
Un prénom. Jean-Paul.

Tituber, c'est toujours marcher, quelques pas de cendres qui restent à faire. Vous marchez encore. Des quidams vous regardent. Croyant que vous ne tomberez pas, parce que vous répondez "oui" à leur "ça va ?". Ils ne voient pas que vous êtes tombé depuis longtemps. Même plus de poussière à mordre ou plus la force de l'avaler. Juste ce vin qui réchauffe à peine ou qui rappelle "la vie d'avant"

Une vie avant le goudron ? Forcément, vous n'êtes pas né dans la rue ! Vous me raconterez peut-être, une autre fois. Pour l'instant toute votre vie est là, dans ce grand sac en plastique. Votre maison, traînée de rue en rue.

La pharmacienne fume sur le trottoir, n'aime pas votre proximité, ne vous aime pas. Ni le vouvoiement respectueux que j'ai à votre égard. Elle me le fait savoir en recrachant sa fumée avec une moue consternée. Elle ne sait pas que mon père m'a appris le respect des autres et que j'ai autant de déférence pour vos guenilles que pour sa blouse blanche. Elle ne sourit pas. Dommage, elle est déjà jolie sans sourire.

 

Quelle moue fera-t-elle donc, quand je vous prendrai en photo ? Pas le temps de voir, elle écrase sa cigarette sur votre goudron et sa blouse blanche s'engouffre dans la pharmacie. J'aurais bien aimé voir sa réaction. M'aurait-elle paru plus jolie encore ?



Tant pis, je préfère attendre pour la photo, demander votre accord. Vous vous appartenez encore, la vie ne vous a pas tout pris.

Vous me le donnez gentiment. Même l'autorisation de la publier sur mon blog avec quelques mots. J'en avais envie.

Je reviendrai, une autre fois, je vous donnerai un peu d'argent. Comme vous dites, "dans la rue, le plus dur c'est le concret". Du pain, quelques cigarettes et du vin, celui qui rappelle "la vie d'avant". Alors, vous raconterez et je vous écouterai. On se tutoiera, si vous le voulez bien, en signe d'amitié.

Peut-être, la pharmacienne soufflera-t-elle ses prochaines bouffées dans un sourire et n'écrasera plus ses cigarettes sur votre goudron. Peut-être...

 

 

Texte et photo : R.L.

 
 
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