<![CDATA[Les chemins de poussière]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/ fr over-blog.com RDF 1.0 Generator admin@over-blog.com 2007-06-26T21:11:00Z <![CDATA[La cage]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-19277566.html fr 2008-05-06T19:12:27Z <![CDATA[Retour à Venise]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-17016908.html fr 2008-02-25T00:00:08Z <![CDATA[Les sanguinaires]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-13515029.html fr 2008-01-30T11:53:56Z <![CDATA[Oh Marie...]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-13257577.html fr 2008-07-14T11:39:02Z <![CDATA[Piédestal]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-12810191.html Texte : Catherine P. et  R.L. ]]> fr 2007-11-23T16:57:39Z <![CDATA[Quai n°...]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-12340033.html                                                               Texte : R.L. et Catherine P. Photo : R.L.     ]]> fr 2007-11-25T00:05:44Z <![CDATA[Le retour du boulanger]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-12274224.html Votre Normandie natale, belle comme une carte postale, mais souvent un peu grise, vous donna un jour des envies de Sud. Vos rêves de jeunesse, vos désirs de soleil et sans doute un peu vos racines grecques, vous poussèrent jusque dans un petit village du Var. Petit, mais plein de soleil, riche et fier de ses seize fontaines qui ne s’arrêtaient presque jamais. Du moins, jamais longtemps, même lors des grandes sécheresses. C'était dans les années quarante, peut-être juste après la guerre. Toi, tu étais boulanger. Pendant des années, tu as pétri sans relâche. Gardant jalousement le secret de tes brioches. Elles avaient l'odeur et le goût du bon beurre. Pas encore pasteurisé ni enfermé dans l’aluminium. Juste sorti des barattes des paysans alentours et livré dans du papier blanc. La nuit, tu pensais toujours à fabriquer un peu plus de fougasses. Tu savais que les chasseurs de l'aube aimaient les glisser dans leur carnier avant des les dévorer au petit matin. Tu les cuisais sur les grandes plaques noires. Il en reste encore des effluves, de thym, de romarin, d’olive. Odeurs envahissantes des collines. Douces réminiscences de l’enfance. Toi, tu étais boulangère. Tu ne pétrissais pas mais tu te levais tôt le matin, juste le temps de voir le boulanger s’endormir. Après ta toilette, tu passais une blouse. Souvent fleurie. Puis tu allais servir le pain et toute la «boulange» de la nuit. Tu comptais et recomptais ta caisse minutieusement. Elle devait être «juste» à la fin de la journée. Les années passèrent ainsi. Dans ma jeunesse mes parents achetèrent une maison juste en face de votre boulangerie, où nous passions chaque été. Une vieille maison en pierre aux murs épais, comme celles de l’Ardèche, qui gardait beaucoup de fraîcheur. Mais nous les gosses, y restions rarement. Préférant passer nos journées à courir, jouer ou faire du vélo sous un soleil de feu. Toi la boulangère, un peu inquiète de nous voir nous activer ainsi dans cette fournaise, avec l'inconscience de notre jeunesse, tu nous appelais, pour nous offrir des glaces. Nous avions grandi, la maison fut vendue. Nous n'eûmes plus de vos nouvelles pour longtemps. Je vous ai retrouvés un jour de mai deux mille six, au cours d’une ballade dans ce village de mon enfance, vingt-cinq ans plus tard. Et vous m’avez appris : A l’âge de la retraite, l'envie vous a pris de repartir en Normandie, y couler vos vieux jours. Ce n’était pas la terre de vos ancêtres, mais c'est là-bas que vous étiez nés. Vous avez vendu la «boutique». Dernier commerce de la rue principale du village, la rue de la République qui ne comptait pas cent mètres de long mais finissait elle aussi par une fontaine. Et vous êtes retournés vivre sous la belle grisaille de votre enfance. Elle ne fut pas responsable du mal qui frappa le boulanger, mais rendit sa convalescence bien triste : plusieurs attaques l’avaient affaibli. Et ses mains si sûres autrefois, ne cessaient de trembler. La douceur du soleil et des fontaines commençait de vous manquer. Retourner dans le Var, à un âge où vous pensiez être fixés jusqu'au bout ne paraissait pas très raisonnable. La nostalgie eut vite raison de vos hésitations. Vous avez refait les valises, les longs préparatifs méticuleux et vous êtes redescendus. La boulangerie que vous aviez vendue était devenue une maison de village. Alors, vous avez acheté la maison voisine. C’était bien là, dans cette rue, que vous deviez finir vos jours. Parce que vous y aviez vécu vos plus belles années. Comme elle a dû vous manquer, là-bas en Normandie, cette Rue de la République ! Et les après-midi de soleil devant votre maison, à écouter les fontaines.  Texte et photo : R.L.         ]]> fr 2008-01-30T12:24:59Z <![CDATA[Renaître]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-12116522.html fr 2008-06-01T14:56:38Z <![CDATA[Les petits points]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-11889263.html Un homme sur un banc, dans un parc. Les yeux fermés sur un soleil d’avril qui se faufilait entre quelques nuages vagabonds. Il avait hâte que la brise les efface. Parce qu’à chaque fois, le soleil revenu faisait danser derrière ses paupières, des petits points rouges et noirs. Ca l’amusait beaucoup. Un petit train vers son enfance, quand il essayait encore de compter les petits points. De comprendre pourquoi ils étaient là. Il savait maintenant que c’était aussi impossible qu’inutile. Il fallait juste admirer le ballet. Regarder les quelques danses que la vie nous donne à voir. Sans savoir pourquoi elles sont là, sans compter les pas, ni les entrechats. Les bruits de la ville, un peu lointains, lui murmuraient aux oreilles et le berçaient comme une douce musique. Dans ce balancement, il était bien. Il resta longtemps, plus que d’habitude, les yeux toujours fermés. Et le soleil finit de se coucher laissant les nuages enfin seuls. Un orage éclata. Les petits points s’estompèrent avant de disparaître. Il sentait juste les gouttes claquer sur ses paupières. Il attendait encore. Il voulait savoir. Savoir s’il y avait autre chose après les petits points. Il n’avait jamais essayé de le faire. Dans son enfance il n’avait jamais trouvé le temps. C’était l’occasion aujourd’hui. Cette pluie d’avril n’était pas trop froide et son temps lui appartenait maintenant, au point de ne plus savoir comment le tuer. L’entrée d’un théâtre au porche immense apparut derrière ses paupières toujours fermées. Ici aussi, il pleuvait, mais l’ambiance évoquait plus une fin de soirée qu’une fin d’après-midi dans le parc. Des néons roses annonçaient le spectacle « Les petits points rouges et noirs ». Il ne put s’empêcher d’entrer. Une dame bien coiffée, à la réception, sans âge. Les traits de son visage racontaient ce qui se dessine lorsque les illusions sont perdues. Les grandes portes s’ouvraient en haut des escaliers et un flot de gens commençait à descendre. Il avait donc raté le spectacle. Ca lui paraissait injuste parce qu’il n’avait pas rouvert les yeux depuis le coucher du soleil. Il s’adressa à la dame. « - Je viens pour les petits points rouges et noirs et il semble que le spectacle soit déjà terminé ? ». Elle le regarda avec une sévérité bienveillante. « - Vous ne venez pas pour les petits points, vous venez pour savoir ce qu’il y a après ?   -  Oui, je veux savoir…   - Alors il faut attendre que les spectateurs aient fini de quitter la salle, après vous monterez l’escalier. Installez-vous dans le salon ». Il demanda à la dame s’il pouvait attendre là, au comptoir de la réception. Elle acquiesça d’un hochement de tête. Il regarda les gens sortir : Il y en avait de tous âges, de toutes sortes. Il s’attarda sur ce couple au rire encore joyeux et dont les lèvres s’effleuraient comme s’ils se parlaient en s’embrassant. Les derniers spectateurs étaient sortis. Il se tourna vers la dame, demanda d'un regard s'il pouvait monter. Un autre hochement de tête lui fit grimper l’escalier. En haut, les grandes portes étaient toujours ouvertes. La salle était vide. Pauvrement éclairée, juste pour ne pas trébucher en descendant les longues marches qui menaient aux premiers sièges. La scène était noire. Il s’avança par curiosité. Vide aussi. Les lumières continuaient de faiblir. Il commençait à se demander si la dame ne s’était pas moquée de lui. Il regagna la réception, elle n’était plus là. « - Je dois fermer le théâtre, Monsieur » La voix venait du fond du hall. Un vieux monsieur, à peu près de son âge. « - Mais je suis venu pour savoir ce qu’il y avait, après le spectacle des petits points rouges et noirs.    - Ah…pour vous ils sont rouges et noirs. Les miens sont jaunes et blancs, comme quoi…    - Mais pourtant, l’enseigne… ». Il comprit que le vieux monsieur n’en dirait pas plus, alors il le salua poliment et quitta le théâtre. Dehors la pluie avait forci. Il réalisa qu’il était peu couvert, marcha à grand pas, sans savoir vers où aller. Au premier carrefour, un groupe de cinq jeunes femmes se séparait en s’embrassant. Il se retourna vers la sortie. Le gardien était en train de fermer la porte de service d’où les jeunes femmes étaient sans doute sorties. A cause de la pluie, elles ne s’étaient pas attardées pour se dire au revoir. Le groupe s’était défait en étoile. Il remarqua que toutes étaient minces, leur démarche très élégante. Une jolie manière de tenir leur parapluie. Evidemment ! Les danseuses du ballet ! c’était elles ! Il allait les interroger et peut-être enfin en savoir un peu plus. Instinctivement, il suivit la plus proche de lui. Elle s’engagea dans une petite rue. Il avait peine à tenir ce pas qui n’était plus de son âge. Les caniveaux formaient presque des lits de rivière. La danseuse, elle, les franchissait sans peine, par des sauts agiles. Dans ce ballet gracieux et triste, elle lui échappait peu à peu. Il appela : « Mademoiselle, mademoiselle, s’il-vous-plaît… ». Elle ne se retourna pas et continua de s’enfoncer dans la nuit. On tapait sur son épaule. Il tourna la tête et se retrouva assis sur le banc, dans le parc. C’était le gardien, un jeune homme, qui lui parlait comme on parle aux enfants : « - Monsieur, ça fait plus d’une heure que vous êtes endormi sur le banc. Avec cette pluie et à votre âge, ce n’est pas très raisonnable. Vous devriez rentrer chez vous.   - Rentrer chez moi ?   - Oui, nous fermons le parc et nous devons faire sortir les dernières personnes qui s’y trouvent ». Il se leva péniblement, comprit qu’il était vieux, peut-être autant que le monsieur du théâtre. Parce qu’il n’avait pas vécu. Il avait passé trop de son temps à vouloir compter les petit points rouges et noirs, chercher à savoir pourquoi ils étaient là. Aussi impossible qu’inutile. Il ne se raserait pas le lendemain matin. Il ne se raserait peut-être plus jamais. Trop peur des nouveaux traits qu’il sentait se dessiner sur son visage : ceux des illusions perdues. La couleur des petits points noirs, blancs, bleus, rouges ou autre. Propre à la lumière interne de chacun. Dont l’éclat ne dure pas toujours. Texte et photo : R.L.      ]]> fr 2007-12-04T01:36:25Z <![CDATA[La racine et le fer]]> http://www.les-chemins-de-poussiere.com/article-11660509.html Tes parents gardaient les moutons dans les collines de Sardaigne, loin des villes, qu’ils ne connaissaient pas, qui leur faisaient peur. Ils préféraient la chaleur des villages où le baroque des façades brûlées de soleil, glisse déjà vers l'Italie. Ils se sont rencontrés là, au gré des transhumances et se sont mariés dans la pauvreté et l’amour. Les bergeries leur semblèrent d'un coup, trop peu accueillantes pour le foyer qu'ils voulaient construire. Ils quittèrent leurs collines natales pour s’installer en Algérie, avec dans leur coeur, quelques rêves de prospérité et de bonheur. Là-bas, leurs illusions s’envolèrent peu à peu : ton père fut employé dans la « plus grande mine de fer du monde », la mine de Ouenza. Beaucoup de sueur pour un salaire de misère. Que pouvait faire un berger qui n'avait plus de moutons à garder ? A part casser des cailloux à la force de ses bras ? Ils fondèrent une grande famille, treize enfants. Un chiffre qui aurait du porter bonheur. La seule tâche de ta mère, fut de vous élever. C'était presque trop pour cette femme minuscule, dont l'inquiétude n'est jamais parvenu à effacer la finesse des traits. Ton père, malgré la force de son sang sarde, malgré des millions de coups de pioche au fond de la mine, n'arrivait plus à vous nourrir. Alors, vous êtes tous descendus à la mine. Toi le benjamin, tu as commencé à travailler à douze ans, comme matelot, d'abord. Quand tes bras furent suffisamment épais, tu es descendu toi aussi à la mine. Sans te plaindre, sans dire un mot. Pas d'autre issue. A la fin des années cinquante, la guerre d'indépendance s'était installée, ce qui restait de la famille rejoignit la France pour s'y établir. Vous n’étiez plus que trois dans la fratrie. La silicose avait emporté ton père depuis longtemps. Avec peut-être dans son dernier souffle une pensée à la douceur des collines. Tous les autres étaient morts, les uns après les autres. Trop de travail, de sueur, de larmes, de souffrance, de misère, de mauvaise nourriture. Trop de nuits sur des sols en terre battue, les uns contre les autres.   Tu as rencontré ta femme, tu t’es marié à vingt-sept ans. Tu n’avais pas beaucoup d’instruction, pour ne pas dire, pas du tout. Tu voulais offrir une meilleure jeunesse à tes futurs enfants que celle que tu avais connue. Tu as pris des cours du soir, patiemment. Tu es devenu maçon. A l’époque où l’on montait encore les murs au fil à plomb. Tu as continué de sacrifier ta vie, ta santé, pour les élever, les nourrir, en faire des hommes et des femmes. Tu n’as jamais passé ton permis de conduire. Tu partais sur les chantiers, en cyclomoteur, en train, en camion. Tu ne refusais jamais un déplacement pour quelques primes. Pour que les assiettes soient mieux garnies, pour que chacun trouve son paquet au pied de l'arbre de Noël. Tu aurais travaillé la nuit, pour ça, s’il avait fallu. Le frère et la sœur qui avaient accompagné ton retour en France, partirent à leur tour. Tu restes le dernier. Tu as donné la vie à six enfants, onze petits enfants, deux arrières petits enfants. Oui, tu as fait tout ça, toi le fils de berger. Aujourd’hui, tu portes le poids des ans, tu regardes cette longue lignée, qui avance, trébuchant parfois, mais avancera encore. Tu as été le maçon de leur vie. Le fer de leur existence. Merci pour eux. Ils ne pourront jamais te le rendre, mais ils savent tout ce qu’ils te doivent. Merci d’avoir posé sur cette photo, où tu es si beau maintenant, comme à l’époque de ton service militaire dans l’armée de l’air. Toi qui modestement faisait tourner la tête des femmes…Toi l’une des racines du grand arbre. Tu es toujours resté près de la Mer. Là où j’irai jeter tes cendres, comme je te l’ai promis…Moi le benjamin comme toi. Face à la mer...     ]]> fr 2008-05-18T17:34:13Z